Voyage père-fille dans la poudreuse des monts Valin
En tant que rédacteur en chef du magazine Géo Plein Air, je suis toujours à la recherche de nouvelles destinations à découvrir à travers le Québec. Début janvier, j’ai eu l’occasion de partir avec ma fille Romane, qui profitait de ses vacances cégépiennes s’éternisant sur quatre semaines, à l’assaut de la neige duveteuse des monts Valin, à 45 minutes au nord de Chicoutimi. Récit de cinq jours où nous avons pataugé dans la neige et le bonheur sans nous arrêter (ou presque).
La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. C’est sans doute pour cela que ma fille Romane, 18 ans, se passionne autant pour le plein air que son géniteur. Bien qu’elle ait franchi le cap de l’adolescence à l’âge adulte en 2025, elle ne rechigne pas encore à partir à l’aventure avec son « pas-si-vieux-père ». J’ai de la chance, conscient de ce privilège, et je souhaite que cela dure encore longtemps.
Le 4 janvier, nous quittons Montréal sous un ciel radieux vers le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Jusqu’aux environs de Québec, le road trip défile dans la banalité de l’autoroute 40. Mais quand nous traversons les immensités boréales de la route 175, dans la réserve faunique des Laurentides, l’ambiance change. Dans notre esprit, nous passons en mode aventure, comme si une frontière entre notre vie d’antan et les excursions à venir venait d'être franchie. Nous sommes soudainement impatients de dégainer nos skis et nos raquettes du coffre de la voiture.
Après un arrêt stratégique au centre-ville de Chicoutimi, où nous avons mangé au très sympathique restaurant La P’tite Sortie, nous mettons le cap sur la station de ski Le Valinouët, à Saint-David-de-Falardeau. Au pied de cette montagne pousse depuis quelques décennies un village alpin, lieu de vacances hivernales qui séduit de plus en plus en raison de l’abondance de ses précipitations solides. Ici, c’est le royaume de l’or blanc, avec une moyenne de six mètres de neige par année.
Un séjour en Kamook
Pour les trois prochains jours, notre camp de base est un igloo doté d’une structure en bois et de murs en toile de chez Imago Village. Cet hébergement expérientiel de luxe, avec électricité, cuisine complète et salle de bains, s’appelle un « Kamook ». Deux lits doubles en mezzanine, un foyer au propane pour réchauffer l’atmosphère et un sofa pour lire : voilà tout ce qu’il nous faut. Nous déposons rapidement nos bagages, car une cure de thermothérapie nous attend à L’Éternel Spa, à un jet de boule de neige de notre Kamook. Et que la vie fait bien les choses !
Dehors, le thermomètre indique -25 °C. L’idée de m’exposer en maillot de bain au grand froid, fut-ce dans un spa scandinave, me glace d’avance. Mais bon, je dois montrer à ma fille que son père ne craint pas le « frette »… S’étendant sur un site étagé, L’Éternel Spa occupe un magnifique emplacement. Les saunas sont nombreux, les bains de toutes tailles. Les salons de détente invitent véritablement au repos.
Après un passage dans un sauna humide, l'intrépide Romane me propose de plonger dans le ruisseau sauvage qui coule au fond de la propriété, dans un recoin où aucun curiste n’ose s’aventurer. Ça ne me dit rien qui vaille, mais ma progéniture ne me laisse pas tergiverser. Elle descend l’échelle aussi rapidement que la bourse après l’annonce d’une guerre commerciale, puis reste cinq longues secondes, autant dire une éternité, dans l’eau glaciale jusqu’au nombril. Pas le choix, je dois démontrer, en tant que paternel, que je suis courageux. Je plonge aussi, quoique je ne reste qu’une demi-seconde dans l’eau. Quoi qu’il en soit, mon honneur est sauvé!
Dans les arpents de neige
Avec ses deux versants couverts de neige 100 % naturelle, la station de ski Le Valinouët (dont le nom provient de la contraction de « Valin » et « nord-ouest ») nous fait de l’œil. Mais ce qui nous intrigue davantage, c’est la constellation de pistes de raquette et de ski de fond hors-piste dans l’arrière-pays. Ces sentiers étroits et peu fréquentés sont le fruit de bénévoles qui les défrichent et les balisent. Ils se connectent aux pistes de la station et au parc national des Monts-Valin.
Pour les découvrir, nous avons rendez-vous avec Éric Tremblay et Colette Fournier, deux sexagénaires qui font du plein air leur mode de vie. Ces deux énergiques « Bleuets » nous ouvrent généreusement les portes de leur royaume enneigé. Pendant trois jours, nous allons skier et raqueter sur des montagnes, franchir des lacs gelés et conquérir des sommets, le tout en progressant dans une poudreuse épaisse, dans un monde où les arbres plient l’échine sous le poids d’une neige surabondante. Éric et Colette connaissent le nom de chaque arbre du territoire. Si vous voulez prendre un raccourci, pas de problème : nous sortons des sentiers pour un hors-piste enivrant dans l’univers du caribou forestier.
Les Façades et le fjord
Après trois jours, nous quittons à regret nos guides en promettant de nous revoir « un de ces quatre », afin d’accomplir notre prochaine mission : explorer Les Façades, un nouveau sentier situé dans le parc national des Monts-Valin. Selon François Guillot, directeur de ce parc de la Sépaq, ce parcours offre un décor comparable aux montagnes Rocheuses. Rien de moins. C’est ce que nous allons voir.
Nous commençons à skier vers 15 h. Déjà, le soleil descend rapidement à l’horizon. C’est l’heure dorée, le « golden hour » des photographes. La piste longe d’immenses crans rocheux du pic de la Tête-de-Chien (570 m), offrant un décor inoubliable. Le soleil couchant éclaire les falaises d’une subtile lumière orangée. François Guillot n’exagérait pas. Devant ce spectacle, ma fille dégaine son cellulaire et perd du même coup, dans la neige, le double des clés de la voiture. Si vous passez par là et que vous les retrouvez, faites-nous signe !
Il nous reste encore deux nuits au Saguenay. Direction Sainte-Rose-du-Nord, village niché sur les rives du fjord qu’on surnomme la Perle du Saguenay, avec raison. On nous attend chez Aventure Rose-des-Vents, une auberge-bistro-bar qui fait face à l’anse Théophile. Pour la première fois du voyage, nous avons chacun notre chambre et j’en suis presque déçu. Sentiment que ne partage pas ma fille, trop heureuse de profiter d’une autonomie retrouvée.
Le lendemain, le guide de l’auberge, Alex Dandurand, nous invite en ski nordique dans les terres publiques du Lac de la Roche. Pendant deux bonnes heures, nous skions dans la neige folle de la forêt, naviguant entre les arbres et expérimentant chaque courbe de niveau. J’ai un petit pincement au cœur en voyant ma fille chuter fréquemment dans la ouate légère avec ses skis trop étroits, inadaptés pour ce genre de sortie. Mais je me console en me disant que ça va forger son caractère !
Le midi, nous retournons à l’auberge pour luncher dans la cuisine commune, avant de partir à l’assaut des caps du village. Nous savourons les vues spectaculaires sur le fjord depuis le sentier de la Plate-forme, à près de 200 m d’altitude. Nous concluons cette dernière sortie au bar de l’auberge pour le fameux 5 à 7 du jeudi. Pour l’une des premières fois de ma vie de père, je partage avec émotion une bière au comptoir avec ma fille, réalisant qu’elle vieillit pas mal plus vite que moi…
Après ces cinq journées d’aventure, nous empruntons la panoramique route 172 vers Tadoussac, en revivant en boucle tous ces kilomètres explorés avec bonheur. Maintenant, j’espère que ma fille continuera d’étudier encore longtemps au cégep afin que je puisse, moi aussi, profiter de ses longues vacances hivernales.
Simon Diotte
Rédacteur en chef de Géo Plein Air, journaliste coureur des bois et photographe, Simon Diotte partage sa passion pour l’aventure et les paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Dans la même catégorie
30 janvier 2026
Voyage père-fille dans la poudreuse des monts Valin
Simon Diotte
30 janvier 2026
23 janvier 2026
Escapade douillette en plein cœur de la nature
Marie-Christine Harnois
23 janvier 2026
17 octobre 2025
Road trip d’automne sur la route 169 : exploration de la MRC Maria-Chapdelaine
Québec en Vacances
17 octobre 2025
7 août 2025
Road trip autour du fjord du Saguenay : itinéraire de 4 jours
Marie et Sam
7 août 2025